انجلس ENGELS : Le programme des réfugiés blanquistes de la Commune
ENGELS : Le programme des réfugiés blanquistes de la Commune
Der Volksstaat, le 26 juin 1874
Durant la contre-révolution qui suit chaque révolution vaincue, les réfugiés qui ont pu en réchapper, développent une activité fiévreuse. Les différentes tendances de parti se regroupent, s’accusent mutuellement d’avoir fait échouer le navire dans la vase, d’avoir trahi ou commis toutes les vilenies possibles et imaginables. Par ailleurs, on maintient avec son pays une liaison étroite, on organise, on conspire, on lance des tracts et des journaux, on jure que le mouvement va se déclencher une nouvelle fois dans les quarante-huit heures, que la victoire est certaine et, dans cette perspective, on distribue déjà des postes gouvernementaux. Naturellement, c’est aller de déception en déception. Or, comme on attribue tous les déboires à des erreurs contingentes, et non à des circonstances historiques inévitables que l’on ne veut pas considérer en face afin de les comprendre, on n’en finit plus de s’accuser mutuellement, et tout cela débouche dans des lamentations générales. C’est le sort de toute émigration, depuis celle des royalistes de 1792 à celle de réfugiés politiques d’aujourd’hui. Ceux parmi les réfugiés qui ont une claire vision et conscience de la situation se retirent des chamailleries stériles, dès qu’ils peuvent le faire décemment, et se consacrent à des tâches meilleures.
L’émigration française de la Commune n’a pas échappé à ce sort inévitable. Le Conseil général de l’Internationale a été contraint, pendant les deux premières années, d’escamoter, du moins aux yeux du monde, les dissensions internes qui le déchiraient, parce que toute l’Europe officielle avait lancé une campagne de diffamation contre toutes les tendances quelles qu’elles soient, mais surtout contre le point central commun que représentait Londres en particulier. Cependant, au cours de ces deux dernières années, le Conseil général ne fut plus en mesure de dissimuler le processus de décomposition qui s’étendait de plus en plus rapidement. La polémique ouverte éclatait de toutes parts. En Suisse, une fraction, influencée essentiellement par Malon, l’un des fondateurs de l’Alliance secrète [1], se joignit aux bakounistes. Ce furent, ensuite, les prétendus blanquistes de Londres qui se retirèrent de l’Internationale et constituèrent un groupe à part sous l’appellation : la Commune révolutionnaire. À côté de cela, il se forma toute une kyrielle d’autres groupes, qui sont en vole de formation et de réorganisation constantes et n’ont pas fait grand-chose même dans leurs proclamations, alors que les blanquistes viennent de porter à la connaissance du monde leur programme dans un manifeste aux « Communeux ».
Ces blanquistes ne portent pas ce nom parce qu’ils forment un groupe fondé par Blanqui ; seuls quelques-uns des trente-trois signataires de ce programme ont peut-être eu l’occasion de parler avec Blanqui. Ils prétendent bien plutôt vouloir agir dans son esprit et dans sa tradition. Blanqui est essentiellement un révolutionnaire politique. Socialiste simplement de par sentiment, sympathisant avec les souffrances du peuple, il ne possède pas de théorie socialiste, ni des solutions pratiques bien déterminées pour remédier aux maux sociaux. De par son activité politique, c’est essentiellement un « homme d’action », étant persuadé qu’une petite minorité bien organisée doit, au bon moment, tenter un coup de main révolutionnaire et réussir, à la suite de ce premier succès, à entraîner les masses populaires et assurer ainsi le triomphe de la révolution.
Sous Louis-Philippe, il ne put évidemment constituer ce noyau que sous la forme d’une société secrète, et c’est alors que se produisit ce qui arrive habituellement lors des conjurations : excédés d’être sans cesse sous le collier en s’entendant promettre sans résultat que le moment était tout proche de passer à l’action, ses partisans finirent par perdre patience et se rebiffèrent, si bien qu’il ne resta qu’une alternative : ou bien laisser tomber la conjuration, ou bien déclencher une action sans les prémisses extérieures. On passa à l’action (le 12 mai 1839), et l’on fut écrasé en un clin d’œil. Au reste, ce fut la seule conspiration blanquiste dans laquelle la police ne réussit pas à prendre pied, ayant été surprise comme par la foudre dans un ciel serein.
Étant donné que Blanqui conçoit toute révolution comme un coup de main, il s’ensuit, de toute nécessité, l’instauration d’une dictature après son triomphe, j’entends bien, non pas une dictature de la classe révolutionnaire - la dictature du prolétariat -, mais la dictature de la poignée de ceux qui ont fait le coup de main et qui eux-mêmes étaient déjà, auparavant, organisés sous la dictature d’un seul homme ou de plusieurs.
Comme on le voit, Blanqui est un révolutionnaire de la génération précédente. Ses idées sur le cours des événements révolutionnaires sont depuis longtemps dépassées, du moins pour le parti ouvrier allemand et même en France elles ne peuvent plus guère avoir de résonance qu’auprès d’ouvriers, peu nombreux, qui ne sont pas très formés et ne savent contenir leur impatience. Qui plus est, nous allons voir que ces conceptions ne sont pas reprises sans quelques restrictions dans le programme en question. Chez nos blanquistes de Londres circule aussi le principe selon lequel les révolutions en général ne se font pas toutes seules, mais doivent être faites ; cependant, selon eux, elles doivent être faites par une minorité relativement restreinte d’après un plan conçu au préalable, et ils pensent qu’elle peut « éclater » à n’importe quel moment.
Il va de soi qu’avec de tels principes, on est livré, pieds et poings liés, à toutes les déceptions personnelles de la vie de réfugié, étant voué à se précipiter d’une folie dans une autre. On veut, avant tout, jouer à être Blanqui, l’ « homme d’action ». Mais, ici la bonne volonté n’est pas d’un grand secours : chacun n’a pas l’instinct révolutionnaire, l’énergie et l’esprit de décision rapide de Blanqui, et Hamlet peut parler d’énergie à perdre haleine, il n’en reste pas moins Hamlet. Or, lorsque nos trente-trois hommes d’action ne trouvent absolument rien à faire au niveau de ce qu’ils appellent Faction, nos trente-trois Brutus entrent avec eux-mêmes dans une contradiction plus comique que tragique, contradiction dont le tragique n’est nullement accru par les mines sombres qu’ils affichent, comme s’ils étaient tous des « Meuros, cachant le poignard sous son manteau » [2], ce qu’ils n’ont pas l’intention de faire, soit dit en passant.
Que faire dès lors ? Ils préparent le « prochain grand coup », en dressant des listes de proscription pour l’avenir, afin que les rangs de ceux qui ont participé à la Commune soient épurés, ce pour quoi ils sont appelés les « purs » parmi les autres réfugiés. Je ne suis pas en mesure de dire s’ils se sont affublés eux-mêmes de ce titre, qui, au reste, irait assez mal à un certain nombre d’entre eux. Leurs réunions se passent à huis clos, et leurs décisions doivent être tenues secrètes, ce qui n’empêche nullement que l’écho s’en répercute le lendemain dans toute la colonie française.
Il arrive à ces sérieux hommes d’action ce qui arrive toujours lorsqu’il n’est pas possible d’agir : ils se sont engagés d’abord dans une polémique personnelle, puis littéraire, avec un digne adversaire, l’un des plus malpropres personnages de la petite presse parisienne, un certain Vermersch, qui publia sous la Commune le Père Duchêne, une lamentable caricature du journal d’Hébert de 1793. Ce noble personnage répond à leur indignation morale, en les traitant tous, dans un pamphlet, de « voyous et de complices de voyous » et les inonde d’un flot épais d’injures ordurières :
Chaque mot
Est un pot de chambre,et qui n’est pas vide [3].
C’est avec un pareil adversaire que nos trente-trois Brutus jugent nécessaire de se mesurer devant le public.
Si une chose est certaine, c’est que le prolétariat parisien - après une guerre épuisante, après la famine de Paris, et surtout après l’atroce saignée des journées de Mai 1871 - a besoin de toute une période de repos, afin de rassembler de nouveau ses forces, toute tentative prématurée d’un soulèvement ne pouvant avoir pour conséquence qu’une défaite nouvelle, si possible plus terrible encore. Nos blanquistes ne sont pas de cet avis. La désagrégation de la majorité monarchiste à Versailles leur annonce « la chute de Versailles et la revanche de la Commune. En effet, nous arrivons à ce grand moment historique, cette grave crise, où le peuple qui semble noyé dans sa misère et voué à la mort, va reprendre sa marche révolutionnaire avec une force nouvelle ». Cela va donc barder de nouveau, et bientôt. Or, cet espoir d’une imminente « revanche de la Commune » n’est pas seulement une illusion de réfugié, c’est un acte de foi nécessaire de gens qui se sont mis de toute force en tête qu’ils doivent jouer aux « hommes d’action », à un moment où il n’y a absolument rien qui permette de faire quoi que ce soit dans ce sens, celui d’un coup de main révolutionnaire. Mais que leur importe ! Si le mouvement est déclenché, ils estimeront « que le moment est venu, que tout ce qui, parmi les réfugiés, a encore en soi de la vie, va se manifester ». Ainsi donc, les Trente-Trois nous déclarent qu’ils sont : 1º athées ; 2º communistes ; 3º révolutionnaires.
Nos blanquistes ont en commun avec les bakounistes qu’ils veulent représenter la tendance la plus avancée et la plus extrémiste. C’est pour cela que, soit dit en passant, ils marchent souvent ensemble, pour ce qui est des moyens employés, bien que leurs buts soient opposés. Il s’agit donc, pour ce qui est de l’athéisme, d’être plus radicaux que tous les autres. Par bonheur, il est très facile aujourd’hui d’être athée. En général, l’athéisme est à peu près une évidence pour les partis ouvriers européens, encore que, dans certains pays, il puisse subsister un parti comme celui des bakounistes espagnols, qui proclame : croire à Dieu est contraire à tout socialisme, mais croire en la Vierge Marie, c’est tout autre chose, et il va de soi qu’un socialiste courant y croit. Chez la plupart des ouvriers sociaux-démocrates allemands, on peut même dire que le problème de l’athéisme est dépassé, ce terme purement négatif n’ayant plus d’effet sur eux, puisqu’ils n’ont plus vis-à-vis de la foi en Dieu une opposition théorique, mais pratique : ils en ont tout simplement fini avec Dieu, car ils vivent et pensent dans le monde réel et sont, de ce fait, des matérialistes.
C’est certainement aussi le cas en France. Mais, s’il n’en était pas ainsi, rien ne serait plus simple que de s’attacher à diffuser massivement parmi les ouvriers la brillante littérature matérialiste française du siècle dernier. L’esprit français, tant du point de vue de la forme que du contenu, y a atteint ses plus hauts sommets. Même si l’on considère le niveau scientifique actuel, cette littérature dépasse de très loin la substance des écrits d’aujourd’hui ; pour ce qui est de sa forme, elle n’a jamais plus été atteinte. Mais, cela ne convient pas à nos blanquistes. Afin de démontrer qu’ils sont plus radicaux que quiconque, ils abolissent Dieu par décret, comme en 1793 :
« La Commune doit avoir libéré l’humanité de ce fantôme de la misère d’autrefois » [Dieu] « et de cette cause » [Dieu qui n’existe pas devient une cause !!!] « de sa misère présente. Il n’y a pas de place pour les curés dans la Commune ; toute manifestation religieuse, toute organisation religieuse doit être interdite. »
Cette revendication, à savoir transformer les gens en athées par ordre du mufti, est signée par deux membres de la Commune qui ont pourtant eu l’occasion d’apprendre par l’expérience : 10 que l’on peut ordonner tout ce que l’on veut sur le papier, sans que pour autant cela soit appliqué, et 20 que les persécutions sont le meilleur moyen pour faire naître des croyants inopportuns. Une chose est sûre : le seul service que l’on puisse rendre aujourd’hui à Dieu, c’est de déclarer que l’athéisme est un article de foi obligatoire, et de surenchérir sur les lois anticléricales du Kulturkampf de Bismarck [4] en interdisant la religion en général.
Le second point du programme, c’est le communisme. Nous nous sentons ici plus chez nous, car le navire sur lequel nous voguons s’appelle : Manifeste du Parti communiste, publié en février 1848. Dès l’automne 1872, les cinq blanquistes sortis de l’Internationale ont professé un programme socialiste qui dans tous ses points essentiels était celui-là même de l’actuel communisme allemand, et motivé leur départ uniquement par le fait que l’Internationale refusait de jouer à la révolution comme ils l’entendaient [5]. À présent, le comité des Trente- Trois a adopté ce programme avec toute la conception matérialiste de l’histoire qu’il implique, encore que sa traduction en français blanquiste laisse à désirer sur bien des points, dès lors que le Manifeste n’est pas reproduit pour ainsi dire littéralement. C’est ce que montre, par exemple, le passage suivant :
« Comme expression ultime de toutes les formes d’asservissement, la bourgeoisie a dépouillé l’exploitation du travail de son voile mystique, qui l’enveloppait autrefois : les gouvernements, religions, familles, lois, institutions du passé comme du présent se réduisent enfin, dans cette société, au simple antagonisme entre capitalistes et ouvriers salariés, en étant les instruments de l’oppression, grâce auxquels la bourgeoisie maintient sa domination et assujettit le prolétariat. »
Que l’on compare à ce passage le texte du Manifeste communiste, « En un mot, à la place de l’exploitation voilée par des illusions religieuses et politiques, la bourgeoisie a mis l’exploitation franche, éhontée, directe, dans toute sa sécheresse. Elle a dépouillé de leur sainte auréole toutes les activités jusqu’alors vénérables et considérées avec un pieux respect. Elle a changé en salariés à ses gages le médecin, le juriste, le curé, le poète, l’homme de science. Elle a arraché aux relations familiales leur voile de touchantes sentimentalités et les a transformées en un simple rapport d’argent, etc. »
Mais à mesure qu’ils descendent de la théorie à la pratique, les Trente-Trois affirment de plus en plus leur originalité : « Nous sommes communistes, parce que nous voulons arriver à notre but, sans nous arrêter à des stades intermédiaires, à des compromis qui ne font que différer la victoire et prolonger l’esclavage. »
Les communistes allemands sont communistes, parce qu’ils passent par tous les stades intermédiaires et compromis, qui ne sont pas faits par eux, mais par le développement historique, en ayant toujours clairement devant les yeux le but final qu’ils poursuivent sans cesse : l’abolition des classes et l’instauration d’une société où n’existe plus de propriété privée du sol et des moyens de production.
Les Trente-Trois sont communistes, parce qu’ils s’imaginent que l’affaire est réglée, pourvu qu’ils aient la bonne volonté de sauter les stades intermédiaires et les compromis : comme il est convenu, s’ils « passent tel jour à l’attaque » et arrivent au pouvoir, le « communisme est instauré » le surlendemain. Si cela n’est pas possible tout de suite, alors nous ne sommes pas des communistes. Il est puéril et naïf d’ériger l’impatience en fondement de la conviction théorique !
Enfin, nos Trente-Trois sont des « révolutionnaires ». Comme on le sait, dans ce domaine, les bakounistes ont déjà battu tous les records possibles, pour ce qui est des formules creuses et enflées. Toutefois, les blanquistes se font un devoir de les surpasser encore. Et comment ? Comme on le sait, tout le prolétariat socialiste - de Lisbonne et New York à Pest et Belgrade - a tout de suite assumé en bloc la responsabilité des actes de la Commune de Paris. Mais, ce n’est pas assez pour nos blanquistes :
« En ce qui nous concerne, nous revendiquons notre part de responsabilité dans les exécutions qui [sous la Commune] ont frappé les ennemis du peuple » [suit la liste des fusillés] ; « nous revendiquons notre part de responsabilité dans les incendies qui ont anéanti les instruments de l’oppression monarchiste ou bourgeoise ou qui ont protégé les combattants ».
Dans toute révolution, il arrive inévitablement toutes sortes de bêtises, comme d’ailleurs dans toute autre période, et lorsqu’on a enfin de nouveau repris un peu son calme, on en vient nécessairement à la conclusion : Nous avons fait beaucoup de choses que nous eussions mieux fait de ne pas faire, et nous avons omis de faire beaucoup de choses que nous eussions dû faire, et c’est pour cela que nous avons essuyé un revers. Mais quel manque d’esprit critique que de sanctifier littéralement la Commune, de la déclarer infaillible, d’affirmer que chaque maison brûlée, chaque otage fusillé a subi, exactement et jusque dans le dernier détail, ce qui lui était dû [6]. Cela ne revient-il pas à affirmer que, durant la semaine de Mai, le peuple a fusillé exactement les gens qui devaient être fusillés - et pas plus et pas moins -, et qu’il a incendié exactement les bâtiments qu’il fallait, et pas plus et pas moins. Enfin, n’est-ce pas comme si l’on affirmait à propos de la première révolution française : tous ceux qui ont été guillotinés l’ont été à bon escient, aussi bien ceux que Robespierre a fait décapiter que ceux qui ont ensuite décapité Robespierre ? Voilà les enfantillages auxquels aboutissent des gens, au fond tout à fait débonnaires, qui veulent faire un effet terrible !
Mais, il suffit ! Malgré toutes les excentricités de réfugiés et toutes les tentatives - qui se changent en leur contraire - de vouloir faire apparaître Charles ou Edouard comme des terreurs, il y a incontestablement un progrès fondamental dans ce programme : c’est le premier manifeste, par lequel des ouvriers français professent l’actuel communisme allemand. Qui plus est, des ouvriers de la tendance qui tient les Français pour le peuple élu de la révolution et Paris pour la Jérusalem révolutionnaire. C’est le mérite incontesté de Vaillant - cosignataire du programme et excellent connaisseur de la langue allemande et de notre littérature socialiste - que de les avoir amené à faire ce pas. Les ouvriers socialistes allemands, qui ont démontré qu’ils étaient totalement affranchis de tout chauvinisme national, peuvent considérer comme un symptôme de bon augure le fait que des ouvriers français adoptent des principes théoriques
« En ce qui nous concerne, nous revendiquons notre part de responsabilité dans les exécutions qui [sous la Commune] ont frappé les ennemis du peuple » [suit la liste des fusillés] ; « nous revendiquons notre part de responsabilité dans les incendies qui ont anéanti les instruments de l’oppression monarchiste ou bourgeoise ou qui ont protégé les combattants ».
Dans toute révolution, il arrive inévitablement toutes sortes de bêtises, comme d’ailleurs dans toute autre période, et lorsqu’on a enfin de nouveau repris un peu son calme, on en vient nécessairement à la conclusion : Nous avons fait beaucoup de choses que nous eussions mieux fait de ne pas faire, et nous avons omis de faire beaucoup de choses que nous eussions dû faire, et c’est pour cela que nous avons essuyé un revers. Mais quel manque d’esprit critique que de sanctifier littéralement la Commune, de la déclarer infaillible, d’affirmer que chaque maison brûlée, chaque otage fusillé a subi, exactement et jusque dans le dernier détail, ce qui lui était dû [6]. Cela ne revient-il pas à affirmer que, durant la semaine de Mai, le peuple a fusillé exactement les gens qui devaient être fusillés - et pas plus et pas moins -, et qu’il a incendié exactement les bâtiments qu’il fallait, et pas plus et pas moins. Enfin, n’est-ce pas comme si l’on affirmait à propos de la première révolution française : tous ceux qui ont été guillotinés l’ont été à bon escient, aussi bien ceux que Robespierre a fait décapiter que ceux qui ont ensuite décapité Robespierre ? Voilà les enfantillages auxquels aboutissent des gens, au fond tout à fait débonnaires, qui veulent faire un effet terrible !
Mais, il suffit ! Malgré toutes les excentricités de réfugiés et toutes les tentatives - qui se changent en leur contraire - de vouloir faire apparaître Charles ou Edouard comme des terreurs, il y a incontestablement un progrès fondamental dans ce programme : c’est le premier manifeste, par lequel des ouvriers français professent l’actuel communisme allemand. Qui plus est, des ouvriers de la tendance qui tient les Français pour le peuple élu de la révolution et Paris pour la Jérusalem révolutionnaire. C’est le mérite incontesté de Vaillant - cosignataire du programme et excellent connaisseur de la langue allemande et de notre littérature socialiste - que de les avoir amené à faire ce pas. Les ouvriers socialistes allemands, qui ont démontré qu’ils étaient totalement affranchis de tout chauvinisme national, peuvent considérer comme un symptôme de bon augure le fait que des ouvriers français adoptent des principes théoriques
justes, bien qu’ils viennent d’Allemagne.

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