Sion,
Je repense à notre première rencontre comme on revient à la source d’un récit dont on ignorait qu’il allait nous marquer. J’arrivais à la gare de Mohammedia, encore prise dans le rythme du voyage, quand je t’ai appelé. Ta voix m’a précédée, claire, chaleureuse, comme si elle savait déjà que ce moment compterait. « Je suis dehors, dans la voiture », m’as-tu dit.
J’ai demandé : « Quelle couleur ? »
Tu as ri. Un rire bref, tendre, traversé de cette ironie qui dévoile un homme unique.
“Une voiture juive. Tu la reconnaîtras tout de suite.”
Ce rire, Sion, portait déjà ton histoire. Il annonçait cette manière unique que tu avais de déplacer le sens, d’ouvrir une brèche dans les mots pour laisser passer la vérité. Avant même de te voir, tu étais là, entier, libre, indocile.
Quand j’ai ouvert la portière, je t’ai rencontré pour la première fois. Pourtant, quelque chose en toi ressemblait déjà à une présence familière: un regard qui accueille sans interroger, une douceur qui ne cherche pas à se montrer, une force qui ne réclame rien.
Nous avons partagé un déjeuner ce jour-là dans un restaurant de poisson sur la mer… Tu savais raconter sans t’étendre, dire l’essentiel sans hausser la voix.
Tu m’as parlé de ton adolescence au Maroc, de la lumière, les étés sans fin, les rires. Puis ces camps d’été où l’on venait expliquer aux enfants juifs du pays que leur avenir n’était plus là, que leur place était ailleurs, dans un pays qu’on leur désignait comme un destin.
On ne leur proposait pas un horizon, on leur retirait une appartenance.
Toi, tu avais refusé.
Refusé qu’on te déracine à force d’arguments enveloppés de mensonges et promesses.
Refusé que le Maroc soit réduit à un souvenir d’enfance.
Refusé qu’on t’enrôle dans une histoire fabriquée pour justifier une autre colonisation.
C’est de ce refus qu’est née ta fidélité à la Palestine. Pas une cause extérieure, pas un combat importé, une évidence, un prolongement naturel de ton refus de l’injustice.
Muzna Shihabi
سيون،
أعود بذاكرتي إلى لقائنا الأول، كما يعود المرء إلى منبع حكاية لم يكن يعلم أنها ستترك فيه أثراً عميقاً. وصلتُ إلى محطة القطار بالمحمدية، ما زلتُ تحت إيقاع السفر، حين اتصلتُ بك. سبقتني إلى اللقاء نبرات صوتك، واضحة، دافئة، كأنها كانت تعرف مسبقاً أن تلك اللحظة ستعني شيئاً.
قلتَ لي: «أنا في الخارج، في السيارة.»
سألتك: «ما لونها؟»
ضحكتَ. ضحكة قصيرة، حنونة، مشبعة بتلك السخرية اللطيفة التي تفضح عمق الإنسان الذي أنت عليه.
قلتَ: «سيارة يهودية، ستتعرفين عليها فوراً.»
ذلك الضحك، يا سيون، كان يحمل قصتك كلها. كان ينذر بتلك الطريقة الفريدة التي كنت تملكها في تحويل المعنى، في فتح شق داخل الكلمات ليمرّ منها الصدق. قبل أن أراك، كنتَ حاضراً، بكلك، حراً، عصياً على الترويض.
عندما فتحتُ باب السيارة والتقينا لأول مرة، شعرتُ أنك، بطريقة ما، حضورٌ مألوف: نظرة ترحب دون أن تحاكم، رقة لا تسعى لأن تُرى، وقوة لا تطلب اعترافاً.
ذلك اليوم، تناولنا الغداء في مطعم سمك على البحر... كنتَ تعرف كيف تحكي دون إطالة، كيف تقول الجوهر دون أن ترفع صوتك.
حدثتني عن مراهقتك في المغرب، عن الضوء، وعن صيف لا ينتهي، وعن الضحكات. ثم عن مخيمات الصيف التي كان يُؤتى فيها بالأطفال اليهود المغاربة ليقال لهم إن مستقبلهم لم يعد هنا، وإن مكانهم صار في مكان آخر، في بلد يُقدَّم لهم على أنه قدر.
لم يكونوا يمنحونهم أفقاً، بل كانوا يسلبون منهم انتماءهم.
وأنت، يا سيون، كنتَ قد رفضت.
رفضت أن يُقتلع جذرك بحججٍ مغلفة بالأكاذيب والوعود.
رفضت أن يُختزل المغرب في ذاكرة طفولة.
رفضت أن يُجنَّد وعيك في روايةٍ مصطنعة لتبرير استعمارٍ آخر.
من ذلك الرفض وُلد إخلاصك لفلسطين. لم تكن بالنسبة إليك قضية خارجية، ولا معركة مستوردة، بل كانت بداهةً، امتداداً طبيعياً لرفضك للظلم.
كنت تتحدث عن فلسطين كما يتحدث المرء عن حقيقةٍ يسكنها منذ الأزل.
واليوم، يا سيون، لم تعد هنا.
لكن حضورك لا يزول.
يبقى في تلك الضحكة بالمحطة، في تلك العبارة التي قلتها لي وكأنها غمزة لِما في العالم من تعقيد.
يبقى في طريقتك في أن تكون وفياً دون أن تتكلس، بصيراً دون أن تفقد الحنان.
أنظر إلى صورتنا، ويخيل إليّ أنك ما زلتَ هناك، تنتظرني في تلك السيارة التي سخرتَ منها بحب.
شكراً لك، يا سيون.
على مغربك الذي حملتَه كبوصلة.
وعلى فلسطينك التي حملتَها كيقين.
وعلى تلك الطريقة النادرة في ألا تتنازل عمّا هو حق، حتى عندما يدفعك العالم إلى الانحناء.
ستبقى بالنسبة إليّ تلك الضحكة في المحطة، وذلك الضوء الذي يسكب وضوحه على الأشياء، وتلك القدرة النادرة على قول "لا" دون أن تجرح، و"نعم" دون أن تخون.
Tu parlais de la Palestine comme on parle d’une vérité qu’on porte en soi depuis toujours.
Aujourd’hui, Sion, tu n’es plus là.
Mais ta présence, elle, ne s’efface pas. Elle persiste dans ce rire à la gare, dans cette phrase que tu m’as lancée comme un clin d’œil à la complexité du monde. Elle persiste dans cette manière que tu avais d’être fidèle sans jamais te figer, d’être lucide sans perdre la tendresse.
Je regarde notre photo et j’ai l’impression que tu m’attends encore, dans cette voiture dont tu te moquais avec affection.
Merci, Sion.
Pour ton Maroc, porté comme une boussole.
Pour ta Palestine, portée comme une certitude.
Pour cette façon rare de ne jamais céder ce qui était juste, même lorsque le monde te poussait à courber l’échine.
Tu resteras pour moi ce rire à la gare, cette lumière posée sur les choses, cette façon de dire non sans jamais humilier, et de dire oui sans jamais trahir.
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